• "We are the poisoned youth"

    "We are the poisoned youth"

    Alors en gros c'est une fanfiction Death Note. J'avais pas d'idées pour le titre alors j'ai mis un bout des paroles de Centuries des Fall Out Boy parce que c'est une de mes chansons préférées.

    Ah et y'a du Mello x moi, du Matt x Misa (OUI. MATT X MISA. ESSAYEZ DE M'ARRÊTER.), et pour les besoins de cette fic de merde, Chris n'est en aucun cas lié à moi et est hétéro (ou bi, si vous préférez) parce que c'est drôle de parler de mecs à poil, mais c'est encore plus drôle de parler de putes russes. /pan/

    C'est pas terrible et c'est très niais cliché tout ça mais ma maman a dit qu'elle est bien et que je devrais la poster donc bon. Mais ça veut aussi dire une chose. À la base, j'ai écrit cette fic seulement pour moi, ce qui fait qu'à part si vous êtes ma mère, vous ne comprendrez pas certaines private jokes liées à Mario sur GBA où Émile de Zola, ce qui est normal. Je dis ça direct pour pas que vous soyez choquées. Et puisque ma mère a lu ce truc, je vous laisse imaginer queeeeee on va éviter le cul, hein. Voilà.

  • I.

    Au fait, je vous suggère juste de lire le petit avertissement de la rubrique avant de lire, parce que j'ai pas envie d'être attaquée en justice parce que ma guimauve et mes ships de merde vous ont causé une crise d'hyperglycémie. Merciii~


     Je ne m'étais jamais demandé comment, ni quand j'allais mourir. Pourtant, avec toutes les choses que j'avais apprises, vues et vécues ces cinq dernières années, j'aurais du avoir tout le temps de me poser cette question assez essentielle. Mais il n'en n'était rien. Jusqu'alors, je n'avais jamais pris le temps de me demander sérieusement comment j'allais mourir. Cependant, je ne pouvais m'empêcher de penser que mourir à la place de quelqu'un à qui on tient plus que tout au monde était une fin noble. Enviable. Alors, si la mort devait me surprendre ce jour-là, autant que ce soit ainsi…

    Vous qui lisez ces lignes, vous devez probablement trouver ce début fort familier. Sans surprise. Cependant, mon histoire est bien loin d'une histoire d'amour tragiquement risible entre un vampire et une humaine. En soi, j'aurais bien aimé, cependant, nous vivons dans un monde hélas bien plus compliqué que ça. Enfin, je suppose qu'au point où j'en suis, je n'ai plus qu'à vous livrer toute mon histoire, ou en tous cas, toute la partie intéressante de mon histoire. La partie se concentrant sur l'histoire d'amour tragiquement risible entre un mafieux et une ex-future agent de la CIA. De deux résultats de la rage et de l'amour, pour citer Green Day.

    Pour me présenter rapidement, mon nom réel –celui qui pourrait me tuer s'il venait un jour à figurer sur un Death Note– est et restera toujours Elena Asher, mais à force de me cacher du désormais tristement célèbre Kira, ce nom ne signifie plus grand-chose pour moi, aussi ne vous en voudrais-je pas si, comme les personnes avec qui j'ai travaillé pendant cinq ans, vous vous mettez vous aussi à m'appeler Eden. De toute façon, ce nom a une plus grande signification pour moi.

    Alors faisons comme ça, même si ce genre de début m'a toujours paru atrocement cliché. Mon nom est Eden, et il y a encore peu de temps, je menais une vie tout ce qu'il y a de plus normal pour le rejeton d'une française et d'un américain vivant en Angleterre depuis ma plus tendre enfance. Rien d'extraordinaire, je vous jure.

    À l'époque, j'avais quinze ans. J'étais une gamine comme les autres, si on mettait de côté le fait que mon père était un agent de la CIA qui avait un jour décidé de quitter ma mère pour partir avec un Russe qu'il avait rencontré lors d'une mission d'infiltration. Je n'en n'avais pas souffert le moins du monde. De toute manière, tous les agents de la CIA ne sont pas Alex Parrish ou même ce semi-connard de Ryan Booth. De temps en temps, mon père me recontactait, souvent pour mon travail, étant donné qu'à l'époque, je me destinais encore à rejoindre un jour les rangs de la CIA, tout comme lui, et comme son père avant lui. Avant, je sais pas, j'ai pas les dossiers. Bref. En attendant, grâce à quelques petits pistons et à mon « intelligence hors-norme », j'étudiais à mi-temps dans un étrange établissement nommé la Wammy's House. Et c'est précisément dans cet endroit que toutes mes galères ont commencé, quand on y pense. Mais pour être honnête, je ne regrette rien.

    Ce fut le jour même de mes quinze ans que je passai pour la première fois les portes de la Wammy's House, un orphelinat pour gamins surdoués. Mon père m'avait suggéré quelques jours plus tôt d'y travailler un minimum, histoire de garder un bon niveau aussi bien scolaire que social, étant donné que je n'étais pas scolarisée par des réseaux normaux, de toute manière.

    Comment avait-il pu entendre parler de cet endroit aussi sécurisé, où il était limite impossible d'entrer en règle générale ? Aucune idée, et je préfère ne pas trop fouiller dans les dossiers sensibles de mon cher paternel. Tout ce qui compte, c'est ce qu'il se passa lorsque j'entrai dans le lieu pour la première fois.

    Loin d'être un établissement ultra-strict tel que je l'avais imaginé, la Wammy's House me faisait plutôt penser à un Poudlard pour surdoués. Mais encore une fois, pas le genre de surdoués chiants, toujours plongés dans des bouquins comme cette petite pute de Hermione Granger. Pour preuve, la première personne que je rencontrai là-bas fut un garçon d'environs treize, quatorze ans, les yeux recouverts par des lunettes d'aviateurs oranges semblables à celles des pilotes dans Star Wars, qui jouait à MTV Fan Attack. Rien que ce détail suffit à me faire apprécier le garçon. Pour avoir un goût pour un jeu aussi cool, il devait forcément être sympathique.

    C'est d'ailleurs ce gamin, qui se faisait appeler Matt, qui me suggéra de choisir Eden comme « pseudonyme ».

    Ah, parce que oui, j'oubliais quelque chose.

    La Wammy's House était également un lieu où des petits génies étaient rassemblés et élevés dans le but qu'un jour, peut-être, ils deviennent le deuxième L.

    L…

    Ce fameux détective dont nul ne connaissait le nom, ni le visage, et qui travaillait sur l'affaire Kira depuis quelques mois déjà. Vous n'imaginez même pas à quel point il me fascinait. C'était un peu à cause de lui que je voulais rejoindre les forces de la police, que ce soit pour le FBI, la CIA ou n'importe quelle autre organisation de lutte contre la criminalité. À cause de L. L'homme qui à lui seul avait résolu plus de trois mille enquêtes, toutes plus complexes les unes que les autres. Cet homme était pour moi un modèle, bien plus que mon père, dans le genre détective. Je rêvais de l'aider dans n'importe quelle enquête, et ce depuis que j'avais entendu parler de lui. Pourquoi pas même l'aider à retrouver et arrêter Kira… ?

    Enfin, je dis ça, mais au départ, je dois reconnaître que même moi, je me reconnaissais un peu en Kira. Au tout début, lorsqu'il ne tuait que des criminels, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'au fond, ils l'avaient bien cherché, et qu'ils n'avaient que ce qu'ils méritaient… Puis, il commença à tuer des innocents. Les meurtres des douze agents du FBI sur le sol Japonais n'étaient pas passés inaperçus chez moi. Mon père m'en avait fait un « rapport » détaillé. C'est là que les actes de Kira commencèrent à me dégoûter, jusqu'à ce que je finisse par décider d'aider à l'éradiquer, un jour où l'autre.

    Enfin bref. Reprenons.

    Étant donné que la Wammy était un lieu dans lequel le futur successeur de L devait être formé, je vous laisse imaginer que nous ne nous appelions pas par nos vrais noms et prénoms. Et même si j'étais un cas à part, ici grâce à des pistons et des résultats scolaires hors-normes, je ne pouvais me permettre de hurler partout mon véritable nom. Ce fut donc ce jour-là que, pour la première fois, je répondis au nom d'Eden, jusqu'à m'habituer complètement à ce surnom. Jusqu'à me dire que ce pseudo, trouvé en quelques secondes par un petit geek, m'allait peut-être mieux que mon véritable nom.

    Quoi qu'il en soit, loin de rester enfermée dans une bibliothèque à étudier pendant des heures comme je l'avais craint au début, ma première journée se concentra surtout sur Matt et moi, essayant tant bien que mal de nous dépatouiller du plus grand nombre de jeux vidéos possible, y compris un magnifique jeu Grand Theft Auto sur DS, pendant que Teenagers de My Chemical Romance passait en boucle dans son MP3. Un début de journée relativement sympa, vous serez de mon avis, j'imagine.

    L'après-midi, en revanche, je décidai de faire quelques rencontres supplémentaires. Et ce fut là que je le rencontrai pour la première fois. À l'époque, il approchait de ses quinze ans, et c'était encore un ado tout ce qu'il y a de plus normal, si on considérait qu'avoir été élevé à la Wammy était normal. Mais bon, en tous cas, il n'était pas encore devenu un parrain de la mafia recherché par de nombreuses cellules d'enquêtes, notamment la cellule d'enquête japonaise censée arrêter Kira. Non, à l'époque, c'était encore un ado comme les autres. Il avait ses rivaux, ses quelques amis, ses capacités, ses faiblesses. Comme tout le monde, quoi.

    La première fois que je le vis, il était déjà accro au chocolat, et croquait dans une tablette avec avidité. Tout comme Matt, de la musique émanait à fond de son MP3. En me rapprochant un peu, je reconnus aussitôt les accords de Jesus of Suburbia de Green Day, l'une de mes chansons préférées. Il était assis seul sur un banc, fixant un point inconnu devant lui d'un air un peu méprisant. Je m'installai à côté de lui. Je ne le connaissais évidemment pas encore, mais le simple fait qu'il soit fan de Green Day, sans compter sa beauté étrange et intrigante, m'attira légèrement.

    – Salut, tentais-je. Je suis Eden. Enchantée de te rencontrer…

    – Cool, répondit-il d'une voix égale, qui dénotait son manque d'intérêt total envers ma petite personne. Moi c'est Mello.

    Il croqua de nouveau dans sa tablette de chocolat, et pour la première fois, je détaillai son visage avec intérêt. Il avait beau être plus jeune que moi, il paraissait tellement plus mature… Ses cheveux blond doré étaient coupés au carré et lui tombaient au niveau du menton. À l'époque, ses vêtements étaient très simples et épurés, et il se contentait de porter un T-shirt noir et un jean tout simple. Quoi qu'il en soit, il était déjà doté d'un charme incroyable pour un gamin de son âge. D'assez de charme pour que moi, le cœur d'artichaut qui jusque là n'avait jamais rien éprouvé pour quelqu'un d'autre que des personnages fictifs, je sente mon cœur rater quelques battements.

    Il se révéla cependant que, contrairement à la première impression que j'avais eue de lui, Mello n'était pas si distant et froid que ce qu'on pouvait croire. Lorsqu'au bout de quelques secondes à être bêtement assise à côté de lui sans rien dire, je commençais à fredonner, il esquissa un petit sourire.

    "And there's nothing wrong with me, this is how I'm supposed to be, in a land of make believe, that don't believe in me"

    – Je vois que je suis pas le seul fan de Green Day ici, lança le blond d'un ton nonchalant.

    Je répondis par un sourire et un petit hochement de tête. Mello susurra alors qu'il y avait au moins une personne bien ici. Je levai les yeux au ciel et émit un petit rire.

    – Quoi, qu'est-ce que ça a de drôle ?

    – Rien, rien… Désolée. Juste que… Bah, je viens d'arriver, mais le peu de gens que j'ai rencontrés sont plutôt cool, donc bah…

    – Bah ça se voit, que tu viens d'arriver. Si t'avais grandi ici pendant des années, comme moi… Tu verrais vite qu'ici, y'a que des connards, nés et élevés dans l'hypocrisie la plus totale. (Il continuait de croquer dans sa tablette de chocolat tout en parlant.) …T'en veux, au fait ?

    Il me tendait sa tablette comme s'il me donnait un rein. Je le regardai d'un œil un peu surpris, puis après une courte hésitation, je cassai un carré de chocolat que je fis lentement fondre dans ma bouche. Nous continuâmes de discuter pendant un long moment, jusqu'à ce que Mello finisse par me révéler qu'en fait, il se fichait complètement de 98% de l'établissement, qu'il appréciait assez Matt, mais que son grand problème à la Wammy's House, c'était un gosse, et un seul. L'enfant le plus intelligent de la Wammy's House. Le mieux disposé à devenir, un jour, le successeur de L. Celui face à qui, peu importe ce qu'il pouvait essayer de faire, Mello était toujours second. Son défi. Son rival. Sa plus grande compétition dans la vie.

    Lorsque Mello me dressa pour la première fois le portrait de Near, je m'étais imaginé un de ces insupportables mômes premiers en tout et tenant à le rappeler, qui voulait toujours être le meilleur coûte que coûte, et qui n'était pas décidé à faire le moindre geste de noblesse envers qui que ce soit. Surtout pas envers Mello…

    En fait, je me rendis compte le lendemain que la réalité était toute autre. En effet, ce fut la première personne que je croisai en entrant, le deuxième jour. Il était assis seul, dans un coin, en train de terminer un puzzle qui me donnait le tournis rien qu'en le regardant tant il semblait compliqué. Cependant, cela ne semblait en rien déranger le petit, qui leva la tête pour m'observer le temps de quelques secondes tout en continuant son puzzle, comme s'il connaissait chaque pièce par cœur.

    Il ne devait pas avoir plus de douze ans, mais on lui en aurait donné sans peine la moitié. Il était incroyablement mignon, sous sa masse de boucles blanches et son air inexpressif. Lorsqu'il me regarda, je sentis cependant toute l'intelligence et la maturité du petit. En un seul regard, je me compris que Near loin d'être un enfant comme les autres gosses de la Wammy. Je comprenais mieux ce que Mello avait voulu dire en disant que Near nous dépassait tous. Near m'avait regardée comme on ne m'avait jamais regardée, et je n'étais pas sûre que cette remarque soit un compliment, dans ce contexte.

    Tandis qu'il reprenait son puzzle de plus belle, je m'accroupis à côté de lui et me présentai, essayant de ne pas paraître trop déconcertée par le regard qu'il m'avait lancé. J'eus cependant rapidement compris que, contrairement à Mello ou même à Matt, dans une certaine mesure, Near n'était pas quelqu'un de très communicatif. Le plus gros de notre « conversation » fut entrecoupée de longs silences assez gênants, au cours desquels Near ne cessait de se tripoter une mèche de cheveux. Néanmoins, le peu de discussion que j'eus avec lui suffit pour me donner envie de mieux le connaître. Mais au bout d'une heure, Matt me ramena à la « réalité ».

    – Bon, je dois y aller, à plus tard ! lançai-je à ce petit choupinou de Near en me levant.

    Near souffla un « à plus tard » totalement imperturbable, puis reprit son puzzle comme si de rien n'était, toujours aussi impassible. Tellement adorable…

    Je me plongeai alors avec Matt dans une version hardcore du premier Mario, jamais parue en occident car jugée trop « frustrante » pour nous. « Mais nous, on devrait bien y arriver », avait fait remarquer Matt en attrapant sa manette de NES.

    D'aussi loin que mes souvenirs remontent, Matt et moi nous étions toujours considérés comme des meilleurs amis, sans jamais aller plus loin. Jamais aucun de nous deux n'avait suggéré à l'autre de sortir ensemble. Notre relation n'était que de la profonde amitié. C'était ce que j'adorais, avec lui. Matt était, sans nul doute, mon meilleur ami. Si vous voulez aller plus loin, je pourrais même dire qu'il fut mon premier véritable ami. Avant lui, j'étais allée de bouche-trou en bouche-trou, de trahisons débiles en lassitude due aux différences de culture. De toutes les personnes que j'avais rencontrées, Matt avait été le premier qui me donna le sentiment qu'il ne m'abandonnerait jamais, et au fond, j'avais eu raison. Sa loyauté n'avait aucune limite. À lui, je pouvais tout dire. C'était la première fois dans toute ma vie que je pouvais me confesser entièrement à quelqu'un de ma tranche d'âge sans avoir peur d'être jugée. Dans le fond, lui et moi nous ressemblions énormément. Et cette amitié sans limite que nous éprouvions l'un pour l'autre me faisait un bien fou, sans que je m'en rende compte, en tous cas au début.

    Tout ce dont je suis sûre, c'est que pendant les trois ans où Mello et moi fûmes séparés de Matt, il nous manqua horriblement.

    – Alors, comme ça, t'as essayé de discuter avec la grosse tête ? s'intéressa-t-il en essayant tant bien que mal de faire sauter Mario sur des plateformes bougeant à une vitesse de folie. Tu sais, je crois que j'ai jamais vu quelqu'un aller aussi loin avec lui… Et avec Mello non plus, d'ailleurs… Bon, j'ai voulu tenter de faire l'intéressant et j'suis mort comme une merde, tu veux essayer ?

    – T'es sérieux, en parlant de Near et de Mello ? interrogeai-je en me saisissant de la manette. Enfin, encore, Near est assez distant, je m'en suis rendu compte tout de suite… Mais il est tellement mignon que bah, j'ai envie de faire des efforts pour qu'il me parle un peu. Mais Mello, je le trouve pas si terrible que ça.

    – Tu dois avoir un don de malade avec les gens, pour prendre ça sur un ton aussi détendu-- Attends, saute là, y'a un ascenseur caché-- Ouais c'est bon, là t'as un don.

    – Un don pour quoi ? Je suis tombée, je te signale !

    – Naaan, je veux dire… L'ascenseur de Mario, c'est un de mes grands secrets que je m'étais juré de jamais révéler à qui que ce soit, même pas à mes gosses. Je voulais les élever à la dure, tu vois… Et voilà que tu arrives, et au bout de deux jours, je te révèle ça. T'es douée avec les gens. Ou alors tu m'as filé une potion de vérité, comme dans Harry Potter. ...Promets-moi juste que tu parleras à personne de cet ascenseur. Si t'as des gosses un jour, promets-moi que tu leurs diras pas, faut qu'ils le découvrent par eux-même-- Hey, qu'est-ce qui te fait marrer ?

    Pendant qu'il parlait, j'avais commencé à éclater de rire comme jamais auparavant. Entre deux éclats, je tentais vainement de m'excuser, mais mon amusement se lisait bien trop dans ma voix pour que j'ai l'air crédible. N'empêche, son petit délire sur un simple passage secret dans un jeu vidéo était vraiment trop mignon. Puis, étant donné que j'étais quand-même la fille qui avait acheté une Playstation juste pour jouer à Undertale – que j'avais évidemment déjà sur mon PC –, j'imagine que je ne pouvais pas me permettre de critiquer.

    Bref. Quelques heures plus tard, je finis par me rappeler que mon père ne m'avait pas envoyée ici pour que je passe mes journées à jouer à Mario. « Quel connard », je lançai en chœur avec Matt. Quoi qu'il en soit, je pris congé de mon ami et me rendis dans la salle destinée aux études, qui était presque entièrement vide à cette heure-ci. Seul Mello était assis sur une table, croquant toujours dans son chocolat.

    – Comment tu fais pour être aussi mince, avec tout ça ? m'amusai-je en m'installant à côté de lui.

    – Je te retourne la question, grogna-t-il en retenant un petit rire. Je t'ai vue, hier soir, avec Matt. Tu passes ta vie à bouffer. Et contrairement à moi, tu fais même pas de sport.

    – Que tu crois ! m'offusquai-je.

    J'expliquai alors à Mello que je me destinais un jour à rejoindre les rangs de la CIA, et que pour ce faire, je m'entraînais souvent seule, dès que j'avais un peu de temps pour moi. Alors certes, je passais tout de même plus de temps sur mon ordinateur, mais tout de même, j'étais assez athlétique, et le sucre que j'ingérais était mon seul carburant. Mello haussa les épaules d'un air nonchalant, et déclara que c'était pareil pour lui. Je souris.

    Quelques minutes plus tard, nous nous réorientâmes sur nos études, tout en continuant de discuter de tout et de rien, comme deux vieux amis.

    – Au fait, comment ils sont, tes parents ? demanda soudain Mello tout en essayant tant bien que mal de se concentrer sur un problème de maths.

    La question me surprit un peu. Étant donné que le jeune homme était orphelin, j'aurais cru qu'il préférerait ne pas trop parler de famille avec moi, mais sa question avait l'air sincère. Ça l'intéressait vraiment.

    – Oh, eh bien… Ma mère est géniale. C'est elle qui m'a élevée, principalement. On a un peu les mêmes goûts, tout ça. Ça l'emballe pas trop, que je veuille devenir agent quand je grandirai, mais c'est parce qu'elle a peur pour moi, c'est tout. Mais je lui ai vite fait comprendre que j'en étais capable. Puis le plus souvent, on parle pas trop de ça, et on est plutôt branchées animes, Pullips, tout ce genre de trucs. …Putain, tu dois me trouver tellement puérile.

    – J'ai vu pire, commenta Mello. Et ton père ?

    – Oh, lui. Bah, je sais pas. D'un côté, je l'admire. Enfin, j'admire l'agent qui est en lui. Mais en ce qui concerne mon père en lui-même… Bah, il m'a pas réellement abandonnée, puisqu'on continue de parler par Skype ou par téléphone de temps en temps, mais il me parle principalement de mon travail. Mes études, les cours que je devrais suivre pour devenir un bon agent. C'est lui qui m'a inscrite ici. Je sais même pas comment il a fait. Mais avant de le voir comme un super agent ou un piston génial, je continue de le voir comme le connard qui est parti avec le premier agent Russe rencontré en mission. J'avais neuf ans. Toutes mes illusions se sont brisées d'un coup. Et depuis je suis une semi-connasse cynique. Ou, en tous cas, j'ai arrêté de l'idéaliser.

    – Ça a du être dur. Je suis désolé.

    – Oh, tu sais, je m'en fous, dis-je avec un petit rire. Il a jamais été très important dans ma vie, il le sera jamais. J'lui en veux pas, même si j'avoue que si je le croisais un jour dans la rue, je lui donnerai un bon coup de pied dans les couilles…

    Mello éclata de rire, tandis que j'ouvrais mon livre de français, langue que je maîtrisais grâce à ma mère. En regardant un peu le programme, qui pour la première fois de ma vie, ne me parût pas ridiculement simpliste, je commençai d'évoquer à Mello les quelques fois où j'avais donné des cours de soutien à des voisins. Étant donné que j'étais une excellente élève, j'avais largement le niveau pour donner des cours, et donc me faire un peu d'argent par la même occasion. Et justement, une fois, un ami de ma mère avait fait appel à mes services pour que j'essaye de sortir son fils du trou noir dans lequel il s'était perdu en littérature française.

    Pour que vous vous imaginez un peu le niveau, dites-vous que le garçon, à peine plus jeune que moi, avait du faire un devoir sur un bouquin de ce bon vieux Zola. Sauf qu'avec lui, Nana était devenue « Nana Du Bouchon », et dans son devoir portant sur la mort de l'héroïne, il l'avait décrite comme « une pute qui pue ». Très raffiné. Alors OK, j'étais d'accord avec lui sur le fond, mais… Mais ça se fait pas, je suis désolée d'être chiante.

    Sans compter que, pour donner un côté plus XIXème siècle, il avait renommé l'auteur du bouquin « Émile de Zola ». Bien entendu… Quelques jours plus tard, sa nouvelle trouvaille fut « Eulalie Grandet », par Honoré Balzac, parce que j'avais longuement expliqué à cet abruti qu'au dix-neuvième siècle, on avait coupé le citron de 90% des nobles. Donc pouf! le seul qui avait vraiment une particule se l'était faite cruellement éjecter.

    Mais venant d'un gamin qui parlait de Sauron dans ses copies d'Histoire-Géographie comme si Le Seigneur des Anneaux était une réalité, je n'aurais pas du être surprise.

    Enfin bref.

    Mello ne se retenait plus, et éclata de rire, s'étalant sur la table en soufflant entre deux éclats des petits « Mais quel con ! » Et le blondinet ayant le rire communicatif, quelques secondes plus tard, nous nous tordions tous les deux de rire en pensant à ce crétin fini.

    Nous passâmes donc le reste de notre journée comme ça, à essayer d'étudier un minimum tout en discutant de tous les sujets qui pouvaient nous passer par l'esprit, même les plus futiles. En rentrant chez moi le soir venu, j'avais la tête légère. À table, comme je pouvais m'y attendre, ma mère me demanda si tout se passait bien à la « Wati B », pour reprendre son terme. J'acquiesçai en souriant.

    – Y'a plein de gens sympa, dis-je. Certains te plairaient, je pense. Le genre de petit geek surdoué qui passe sa vie sur des jeux vidéo. Style, son plus grand secret qu'il s'était juré de jamais révéler à qui que ce soit, c'est un passage secret dans Mario. Y'a aussi un petit qui passe sa vie avec ses jouets, il est juste adorable, même si il parle pas beaucoup.

    Et puis, y'a Mello, songeai-je. Mais je ne me voyais pas trop lui parler de lui. Honnêtement, je ne pensais pas que ma mère était prête à savoir que la personne que j'appréciais le plus à la Wammy's House était quelqu'un comme Mello. Et encore, à l'époque, il n'avait encore rien fait d'éthiquement interdit. Si j'avais su dans quoi je m'embarquais avec lui…

    Les soirées se passaient sans encombre, mais m'apportaient au fil du temps une sorte de lassitude dont je n'arrivais pas à me défaire. Plus les choses avançaient, plus je me sentais bien lorsque j'étais en train de galérer sur un niveau soi-disant impossible de Zelda avec Matt, lorsque je tentais de parler avec Near d'une manière ou d'une autre, ou lorsque j'étais avec Mello. Cette éducation assez hors-normes m'avait rendue simplement heureuse.

    Les jours passaient à une vitesse ahurissante. Plus le temps passait, plus je me plaisais à la Wammy's House, et je sentais que mes capacités intellectuelles continuaient de grandir. Et même si je je ne portais pas réellement grand cas à mes études, ça me faisait du bien, moralement et physiquement. Et surtout, être avec Matt, Near ou Mello me faisait du bien. Jamais je ne m'étais sentie aussi épanouie de toute ma vie. Même si, il faut bien l'admettre, les choses n'étaient pas toujours aussi merveilleuses que ce qu'on aurait pu croire.

    Le 17 août de cette année fut une journée qui, sans être rude ou insupportable, contrasta avec l'utopie totale dans laquelle j'avais vécu jusqu'alors. Le matin, tout semblait parti pour être normal. J'essayai d'aider Near à construire un parcours pour ses petites voitures, je râlai avec Matt de ce que Disney semblait être en train de faire de Star Wars, parce qu'au vu du manque total de bande-annonces, nous avions tous les deux l'impression de nous faire prendre pour des pigeons qui achèteraient toujours leurs places, « parce que c'est Star Wars. » Mon cul, ouais.

    …Bon, je dis ça, mais nous étions tout de même impatients, tout en critiquant tous les travers des derniers films. C'est con, les ados, quand-même.

    Enfin bref, la journée commençait normalement. Puis je me rendis soudain compte que je n'avais pas vu Mello de la journée. Je ne l'avais même pas croisé dans un couloir, ni dehors. Je commençai alors à m'inquiéter, mais je ne voulais pas avoir l'air idiote, ni même inquiète, auprès de Matt. Avec un petit soupir, je me mis à la recherche de mon ami. Je finis alors par me dire qu'il était peut-être simplement dans sa chambre. …Mouais, c'était pas vraiment son genre, mais qui sait. Je toquais timidement à la porte. Pas de réponse.

    – Mello…? …Tu es là ?

    Toujours rien. Je me mordis les lèvres jusqu'au sang, et bien que je craignais de regretter aussitôt mon geste, j'ouvris la porte.

    La chambre de Mello était sombre en permanence, de part ses murs peints dans une peinture noire mate et le fait que les rideaux étaient presque toujours tirés. Cependant, on pouvait sans peine deviner des formes précises. Les cadavres d'innombrables tablettes de chocolat à moitié entamées traînaient à même le sol. À ma grande surprise, un pan de mur était à moitié détruit, comme si quelqu'un l'avait défoncé à maintes reprises. La radio, dont le volume était poussé au maximum, hurlait les accords de Give me Novocaine. Et au milieu de tout ce capharnaüm, Mello était là, roulé en boule sur son lit, se retenant de hurler contre je ne sais quoi. J'eus un instant d'hésitation, puis je m'assis à côté de lui.

    – Qu'est-ce qui va pas ? soufflai-je en caressant ses cheveux dorés.

    – Est-ce qu'il y a des fois, dans ta vie, où t'as l'impression que tout va s'effondrer ? Genre, tout est normal. Tout se passe comme d'habitude. Rien ne va plus mal que d'habitude. Et pourtant toi, au milieu de tout ça, tu supportes plus rien, et t'as juste envie de tout détruire. T'as déjà eu ce sentiment ?

    – Si tu savais à quel point, soupirai-je après quelques secondes de réflexion. Mais pourquoi tu me demandes ça ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

    – Rien, justement, grogna Mello. Juste que… J'en peux plus. J'en ai assez de faire comme si j'allais bien, comme si je supportais que tout le monde ici me déteste, comme si je supportais le fait que peu importe tous mes efforts… Je suis toujours le deuxième. Et pourtant… PUTAIN, J'ESSAYE ! JE FAIS TOUT POUR ME DÉPASSER, POUR DÉPASSER CE PETIT CON DE NEAR, MAIS PEU IMPORTE CE QUE JE FAIS, J'Y ARRIVE JAMAIS ! J'en ai plein le cul… Et de devoir toujours subir les regards en coin des autres… D'être toujours regardé comme si j'étais un monstre de violence ou je sais pas quelle merde… Je sais plus quoi faire. J'suis partagé entre l'envie de tuer tout le monde et de me tirer, ou celle de me tuer avant de buter quelqu'un. Je sais plus quoi faire…

    – Mello… soufflai-je en le prenant dans mes bras.

    Il ne pleurait pas. Il émit une espèce de grognement de tristesse, mais rien de plus. Je le pris un peu plus fort, continuant de caresser ses cheveux.

    – Eden… T'as déjà eu envie d'appuyer sur un bouton et que tout disparaisse ? Tous ceux que tu as aimés ou perdus. Tout ce qui t'a tellement fait souffrir. Il suffit d'appuyer sur le bouton, et y'a plus aucune bataille. Plus aucun bruit. … Il suffit de tout faire exploser, et de voir ce qu'il se passe.

    Ce fut la première fois de ma vie que j'entendis ces mots sortir de sa bouche. Si on m'avait dit que cinq ans plus tard, il aurait effectivement le bouton tant convoité entre les mains et qu'il répéterait les mêmes mots, j'aurais probablement essayé de l'en empêcher. Mais apparemment, on n'échappe pas à son destin. Sur le coup, je ne pus qu'être troublée par ses mots, et essayer de le calmer.

    Honnêtement, je n'ai jamais pensé une seule seconde que Mello serait capable d'aller jusqu'à faire une tentative de suicide. Cependant, je compris ce jour-là que sa vie était loin d'être le paradis. En le voyant à l'époque, je pensais sincèrement qu'il aurait pu être heureux. Mais il y avait cette stupide compétition entre lui et Near, pour savoir qui serait le successeur de L. Near ne semblait pas vraiment s'y intéresser, et considérait même s'il aurait préféré travailler avec Mello main dans la main. Mais Mello ne voyait pas les choses de cette œil. Il détestait Near, qui osait être meilleur que lui dans tous les domaines. Il avait une pression de malade pour être le meilleur, et il décevait toujours ses pairs. Ce fut la première fois que je vis les choses sous cet angle.

    Bizarrement, j'éprouvais pour Mello une grande empathie. Pendant un long moment, j'avais peur de décevoir tout le monde. De ne pas être assez bien. Mon échec critique pour m'intégrer au collège m'avait beaucoup fait douter de moi-même. J'avais remonté la pente, entre-temps, mais je pouvais comprendre ce que ça faisait de décevoir des gens, ou du moins, d'avoir l'impression de les décevoir. Cependant, je ne lui dis rien. Il tremblait dans mes bras, et j'avais l'impression d'être dans une de ces situations ou le silence vaut mieux que les mots. Je ne l'avais jamais vu aussi détruit de toute ma vie.

    – Te rends pas malade pour ça, dis-je soudain. T'es pas seul. Dis surtout pas que tout le monde te méprise. Je tiens à toi. Matt aussi. Et Near aussi--

    – Commences pas à me parler de ce petit con, souffla Mello. Ça lui va bien, de dire qu'il m'apprécie. C'est pas lui qui est toujours second. C'est pas lui qui est toujours comparé au numéro un… Puisque c'est lui, le numéro un, rajouta-t-il d'un ton amer. Quelqu'un comme lui ne peut pas comprendre ce que ça fait, d'être toujours comparé à meilleur que soi. Toi, Eden, puisque tu veux bosser à la CIA comme ton paternel, on t'a déjà comparée à lui, j'imagine, nan ? J'imagine le nombre de personnes qui ont du dire à quel point, à ton âge, il faisait telle ou telle chose mieux que toi.

    – O-oui, bien sûr, de temps en temps, mais…

    – Eh bah imagine ça tous les jours. Depuis qu'il est arrivé ici. Chaque jour, sans exception, à partir du moment où Near est arrivé, on m'a comparé à lui. On a commencé à dire à quel point Near était meilleur que moi dans tous les domaines. J'ai essayé de me surpasser, encore et encore, mais rien à faire. À un moment, j'ai cru que j'allais devenir fou. C'est incroyable comme ce gamin fait tout mieux que moi. Et comme si ça suffisait pas, il est mignon. Il est charismatique. Il fait craquer tout le monde. Il est adorable. Pas vraiment ce qu'on pourrait dire de moi.

    – Mello, commence pas à…

    – À quoi ? Écoute, je suis désolé de passer mes nerfs sur toi comme ça, mais franchement… J'en peux plus. J'en ai marre d'être deuxième. Juste une fois… Juste une fois, j'aimerais gagner contre lui. Mais y'a rien à faire…

    Se levant, il donna un grand coup de poing devant lui. Je soupirai, et émit un petit « désolée » à mi-voix. Nos regards se croisèrent. Une lueur entre la démence et le désespoir brillait dans ses yeux bleus. « C'est rien », assura-t-il.

    – C'est plutôt moi qui suis désolé d'être comme ça. Mais en ce moment… Ça va vraiment pas.

    – Justement, je… Mello… Je supporte pas de te voir comme ça. Si tu as besoin de quoi que ce soit, surtout… Je suis là pour toi. Je veux pas te laisser dans cet état. Il en est même pas question.

    Je lui tendis une tablette de chocolat, qu'il prit avec un petit sourire.

    Ce jour-là fut la première fois que j'entrai en contact avec la face cachée de Mello. Celle où il ne se montrait pas sous un jour fort, ou violent. Celle où sa colère laissait place à la dépression et l'insécurité. J'avais jusqu'ici cru qu'il était simplement jaloux de Near, mais ce jour-là, je compris à quel point son infériorité face à lui le faisait souffrir.

    Dieu merci, ces phases-là étaient assez rares. J'eus tôt fait de me rendre compte que je ne supportais pas de le voir souffrir ne serais-ce qu'un tout petit peu. Je préférais encore le voir s'énerver sur tout et n'importe quoi. Y compris sur moi. (Oh, une féministe vient d'exploser pendant que j'écrivais ça, je crois.) Enfin… Évidemment, j'aurais encore préféré qu'il soit réellement heureux, mais ce n'était pas une mince affaire de faire son bonheur malgré lui.

    Ce soir-là, je ne rentrai pas chez moi. Je passai un coup de téléphone à ma mère, prétendant que quelques filles m'avaient proposé de rester pour faire une petite pyjama-party, pour ne pas l'inquiéter. Mais évidemment, il n'en fut rien. Je restai avec Mello toute la nuit, essayant de le rassurer comme je pouvais.

    Le lendemain matin, je me réveillai un peu avant lui, et je remarquai que la douleur était partie de son visage. Il semblait aller beaucoup mieux. Mais je n'avais pas vraiment le cœur à le réveiller tout de suite. Avec un petit sourire, je repoussai de son visage une de ses mèches blondes et me levai aussi discrètement que possible.

    Putain, je l'aime, songeai-je soudain.

    Je me frappai un bon coup pour remettre mes idées en place. Mais non. J'étais seulement amie avec Mello, mais je ne l'aimais pas plus que quelqu'un d'autre… Rester avec lui toute la nuit, je l'aurais tout aussi bien fait pour Near ou pour Matt, si l'un des deux en avait éprouvé le besoin, après tout… Je dis n'importe quoi. Je suis juste mal réveillée.

    Et pourtant, pendant la demi-heure qui suivit, mes pensées furent parasitées par Mello. Dieu merci, suite à cela, une fille de la Wammy me ramena un peu à la réalité, surprise de voir que j'étais là si tôt. Je lui expliquai alors que j'avais dormi ici, sans préciser que j'étais restée avec Mello toute la nuit.

    – Dis-moi, dis-moi, dis-moi ! lança-t-elle en me regardant d'un air intéressé.

    – Quoi ? répondis-je avec un petit rire.

    – Dis-moi avec qui t'as couché, enfin ! (Mes yeux s'écarquillèrent d'un coup.) Alleeeeez, t'es super jolie, t'es un peu plus âgée que nous, et tu ressors des dortoirs côté garçons ! Tu peux me le dire, tu sais, je le dirai à personne ! C'est Matt ? J'vous ai souvent vus traîner tous les deux, depuis que t'es arrivée ici ! Alors, il a enlevé ses lunettes ou la théorie comme quoi il a un œil de verre est vraie ?

    – Attends deux secondes, Linda ! criai-je. J'ai couché avec personne, OK ? J'ai quinze ans, pas dix-huit ! Et Matt et moi sommes juste amis… Et c'est quoi, cette histoire d’œil de verre ?

    – Roh, t'es pas marrante. Je l'aurais jamais répété, tu sais.

    – Je suis désolée de te décevoir, mais j'ai couché avec personne. J'ai juste étudié tard, et je me suis endormie ici… Et je sortais pas des chambres des garçons, j'étais allée me chercher un en-cas !

    Je brandis quelques paquets de bonbons pour plaider mon « innocence ». Linda poussa un petit soupir, mais n'en rajouta pas.

    Bah, de toute façon, je ne mentais pas vraiment. Tout ce que j'avais fait avec Mello, c'était de le prendre dans mes bras et de veiller sur lui pendant presque toute la nuit, rien de plus. Alors OK, j'étais restée avec un garçon, maiiiiiis que celle qui ne serait pas restée avec lui dans une telle situation me jette la première pierre.

    Quelques heures plus tard, les choses avaient repris leur train-train quotidien. Matt et moi étions en train de jouer à Dragon's Lair sur NES (ou plus justement, je le regardais jouer et il éclatait de rire lorsque je me plantais lamentablement au premier niveau), lorsque soudain, Mello entra dans la salle. Il avait de gros cernes sous les yeux, mais en dehors de cela, il semblait aller bien mieux que la veille au soir. Puis d'un coup, il s'approcha de moi et se mit à me tapoter la tête d'un air névrotique, avec un petit sourire. Je rougis d'un coup.

    – Mais c'est quoi ce bordel ? grinça Matt à mi-voix. C'est comme s'il posait son cœur sur la table.

    – Eden… souffla Mello lorsqu'il eut fini de me caresser. Merci pour hier. J'te revaudrais ça.

    – C'est pas la peine, répondis-je aussitôt, encore gênée par son geste. C'est normal. J'ai pas fait ça pour que tu me sois redevable ou je sais pas quoi. C'est juste que j'aime pas te voir dans cet état.

    T'es chiante, souffla-t-il. …Bon, je vais pas vous emmerder plus longtemps, je me casse--

    – Tu peux rester, si tu veux, lança Matt d'un ton semi-ennuyé (mais qui pour lui était une preuve d'un intérêt infaillible.) Ça m'emmerde pas du tout, au contraire. T'as qu'à nous montrer tes capacités !

    Mello leva les yeux au ciel, mais face à notre bonne humeur, à Matt et moi, il accepta rapidement de se joindre à nous. « Faites gaffe, j'suis plutôt balèze à ce jeu. » J'avais d'abord cru qu'il bluffait. Pour moi, ce jeu était un défi impossible, et même Matt, le meilleur gamer que j'ai vu de ma vie, n'arrivait pas à le terminer, malgré tous ses efforts. Mais au bout d'une dizaine de minutes, Mello nous prouva à tous les deux à quel point il était fort. Il boucla le jeu à une vitesse phénoménale, en n'ayant perdu que quelques vies, et ne se tapa pas le moindre Game Over de toute la partie.

    – Mais comment t'as fait ça, mec ? lança Matt, admiratif.

    – La maîtrise. Ce jeu, je fais partie de ceux qui y jouaient avant que le Joueur du Grenier ne le mette à la mode. Ça fait des années que j'y ai pas joué, mais on perd pas des vieilles habitudes, après tout.

    – J'me sens tellement nulle par rapport à vous, les mecs, soupirai-je. Moi, les jeux vidéo, en dehors de Undertale et de Tetris, je suis une vraie tanche.

    Bon, c'est pas comme si je n'avais pas d'autres points forts dans lesquels je pouvais ressortir, mais il fallait avouer que face à ces deux-là, je me sentais vraiment nulle, niveau jeux vidéos. « C'est parce que tu joues pas assez », assura Matt aussitôt après que j'eus fait ressortir au grand jour mon pathétique complexe d'infériorité face à eux deux. « Va falloir qu'on t'entraîne, c'est tout ! » J'acceptai avec un grand éclat de rire. En tournant la tête vers Mello, j'eus la joie de remarquer qu'il semblait aller beaucoup mieux. Rien qu'à cette idée, je souris d'autant plus.


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