• J'aime beaucoup l'univers d'Underfell, et après un petit délire avec Yokkas, j'ai eu envie d'écrire cette merde. M'en voulez pas.

    Bon, et au cas où le titre n'est pas assez explicite à votre goût, OUI, c'est un lemon (avec de la niaiserie à la fin parce que c'est moi). Donc si vous n'aimez pas ça, je vous conseille de prendre la fuite à toute vitesse vers cette sortie de secours : http.

    Bon. La mauvaise blague, c'est fait, maintenant, passons à la fiction.

    .   .   .

    Sans poussa un soupir épuisé en rentrant dans sa chambre. Papyrus venait juste de partir retrouver Undyne dans les chutes d'eau, ce qui lui laissait enfin quelques minutes de répit. Son frère -ou plus justement, son boss, car il avait toujours tenu à ce que Sans l'appelle ainsi- l'avait laissé dans un assez piteux état. Il ne pouvait pas supporter la paresse de Sans. Il ne pouvait supporter Sans tout simplement, en fait. Dès qu'il pouvait trouver le moindre moyen de le discréditer, de l'humilier, voire même de le torturer, il le faisait sans la moindre gêne. Au fond, Sans y était habitué, et il ne s'en plaignait pas. Cependant, aujourd'hui, Papyrus y était allé fort. Tous les os de Sans lui faisaient terriblement mal, et il n'avait qu'une seule envie : pouvoir piquer une petite sieste en paix.

    Soudain, la porte de sa chambre s'ouvrit sur une humaine aux cheveux roux en bataille vêtue d'un pantalon et d'un T-shirt déchirés, d'une veste noire en cuir et de nombreux bijoux principalement composés de cuir et de chaînes en argent, ainsi qu'un collier ras du coup à pics comme on en voyait parfois sur certains chiens particulièrement agressifs. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire que Sans lui connaissait relativement bien.

    Eden avait eu beau être une humaine, son comportement avait vite plu à Papyrus, qui avait à la base décidé de faire d'elle son esclave plutôt que de la tuer ou de la livrer à Asgore. Mais la gamine ne se laissait pas faire. Elle ne craignait pas Papyrus, et en un claquement de doigt, elle était devenue l'associée de Papyrus. Et sa plus grande passion était sans nul doute de rappeler à Sans sa place. Papyrus était le boss. Elle était l'associée ambitieuse, bien décidée à devenir plus un jour où l'autre. Et Sans était leur esclave. Ils avaient tous les droits sur lui. L'insulter, le blesser, c'était leur droit, mais aussi leur plaisir. Cependant, Eden avait gardé en elle une sorte d'humanité, ce qui la rendait peut-être moins cruelle envers Sans que Papyrus. Elle avait plus rarement levé la main contre lui, et préférait se contenter de l'insulter et de lui rappeler ce qu'il était. Une sous-merde valant à peine mieux que le clébard vivant dans l'évier de Papyrus, pour reprendre ses mots.

    Elle regarda Sans quelques instants, un regard sadique sur son visage parsemé de cicatrices et de marques de coups acquis au cours de ses entraînements de défense et (surtout) de combat avec Papyrus.

    - Et bah, il est y est pas allé de main morte, aujourd'hui, n'est-ce pas, Lazybones ? lança l'humaine.

    - Casse-toi de ma chambre, répondit vaguement Sans.

    - Rêve pas, Lazybones. J'ai une mission pour toi, de la plus grande urgence. Et tu ne t'en tireras pas en te cachant chez Grillby pendant deux heures à te saouler. Je resterai avec toi, pour te... surveiller. Même si ça m'emballe pas.

    Son sourire s'élargit, laissant paraître ses dents les plus pointues.

    - Dans ce cas, débrouille-toi seule, lança Sans. Me mêle pas à tes sales affaires.

    - Oh, j'aimerais bien, mais vois-tu, c'est quelque chose que je ne peux pas faire seule. J'avoue que je pourrais rêver mieux que toi pour le faire, mais tu sais ce que c'est. Toi, t'es mon esclave.

    Elle le jaugea du regard quelques instants.

    - Et c'est sans compter le fait que t'es pas si moche que ça, hein... Bon, presse-toi un peu pour une fois dans ta vie, Lazybones, j'ai pas que ça à faire. Et t'inquiète, ça devrait pas être trop fatiguant... Au contraire.

    Elle émit un petit rire sadique et quitta la pièce en lui faisant un signe de la tête en direction de sa propre chambre. Sans se leva et se demanda un quart de seconde ce qu'elle pouvait bien préparer, et surtout, pourquoi il devait se rendre dans la chambre de cette fille. Elle ne l'avait jamais laissé entrer. Elle n'avait jamais laissé entrer qui que ce soit, d'après ce qu'il savait. Elle préparait quelque chose, à tous les coups.

    Cependant, il préféra la suivre sans dire un mot contre elle. Peut-être que son humanité la retiendrait de le frapper s'il refusait, mais après les coups que Papyrus lui avait infligés quelques minutes auparavant, il ne se sentait pas capable de se voir administrer le moindre coup supplémentaire. Il arriva au niveau de la porte d'Eden, qui le regarda sévèrement.

    - Si c'est ce que t'appelles te presser, j'suis mal barrée... Bon allez, entre, on va pas passer le réveillon ici.

    Sans pénétra alors dans la chambre de l'humaine, et cette dernière le suivit, fermant la porte à clé derrière eux. Il admira la chambre quelques instants. Elle était très sombre, notamment car tous les rideaux étaient tirés, et il avait du mal à déterminer l'endroit où se trouvait chaque objet.

    - Ça va, t'as fini de mater, ou tu veux que j'te fasse une visite guidée ? ...Laisse tomber. J'vais pas non plus être agressive avec toi sur tous les plans.

    Malgré la pénombre, Sans put sans peine remarquer le sourire carnassier d'Eden.

    - Couché, ordonna-t-elle d'un ton qui n'accordait aucune réponse. Plus à gauche. T'as quand-même pas envie de le faire à même le sol ?

    Sans la regarda, effaré. D'un coup, il comprit mieux ce qu'Eden avait prévu avec lui, et pourquoi elle ne pouvait se débrouiller seule pour cette mission... Il avait envie de réagir, de s'enfuir, de tuer cette humaine s'il le fallait, mais le regard qu'elle lui lança l'en dissuada.

    - Bordel, j'viens de me rappeler que t'as pas de... Oh, c'est sans importance, on fera sans. Tu ferais mieux d'être à la hauteur de mes attentes, même si elles sont très basses te concernant, Lazybones. Peu importe la manière dont tu l'es, tu préférerais sûrement que j'évite de dire à ton boss à quel point tu es incompétent et désobéissant, huh ?

    Tout en disant cela, elle se saisit d'une paire de menottes qui semblaient étinceler dans la faible lueur de la pièce, et s'en saisit pour attacher Sans aux barreaux de son lit. Celui-ci tenta de se débattre, mais il arrivait à peine à bouger.

    - Et évite d'utiliser la magie avec moi, Lazybones. J'ai pas envie de me retrouver obligée de te liquider.

    Lazybones. Chaque fois qu'elle répétait ce mot, avec plus d'acharnement et de délectation à chaque fois, il haïssait un peu plus le surnom qu'elle lui avait donné et qu'elle prenait tant de plaisir à lui répéter inlassablement.

    Elle retira sa veste et la jeta à l'autre bout de la pièce. Puis, elle monta sur le lit à son tour.

    - Faut avouer que t'es pas si laid que ça, en fait, fit-elle remarquer en le regardant droit dans les orbites.

    Il ouvrit la bouche pour essayer de lui répondre, mais elle plaqua sa main gantée d'une mitaine en cuir noir sur sa bouche.

    - Boucle-la, ou sinon, j'utiliserai du scotch pour fermer ta jolie petite gueule, et ce serait tout de même dommage de rater la partie la plus intéressante du projet, tu ne penses pas ?

    Elle leva sa main calmement, et le regarda avec avidité.

    - Si tu savais à quel point je dois me retenir pour pas te frapper, p'tit con... Bon, foutons un peu de musique, ça sera mieux, tu ne penses pas ?

    Elle se saisit de son MP3, d'où une de ces nombreuses mélodies humaines s'échappa. Mais c'était loin d'être une playlist de petites balades romantiques. Sans ne connaissait que trop bien ce refrain, pour avoir entendu l'humaine l'écouter, encore et encore, avant qu'elle ne se mette à éclater d'un petit rire satisfait, comme si elle ne faisait que passer sont temps à fantasmer chaque fois qu'elle ne travaillait pas. Cette fois, Sans comprit qu'elle n'avait pas l'intention de faire les choses à moitié, et qu'il allait vraiment passer un mauvais moment. 

    Elle le repoussa et lui arracha sa veste en un tournemain. Elle se jeta alors sur lui pour l'embrasser de toutes ses forces. Un baiser malsain et violent, tout comme elle. Pourtant, pour la première fois de sa vie, Sans se sentit éprouver quelque chose pour cette fille. De l'amour ? Impossible. Il était incapable d'aimer quelqu'un... Particulièrement une humaine. Peut-être une sorte de désir morbide. Une obsession dévorante. D'un coup, il eut envie de se prêter au jeu, juste pour voir jusqu'où ils iraient. À la limite, ce soir, il pourrait bien être l'esclave des jeux maladifs et immoraux de la rouquine. Avec le peu qu'il pouvait faire avec ses mains et ses pieds attachés au lit, il décida qu'il pouvait bien se donner à fond quelques instants.

    - T'es moins con que ce que je croyais. T'as vite compris ce que je voulais, on dirait, Lazybones.

    Lazybones. Elle ne l'avait jamais dit d'un ton si séduisant.

    Elle l'embrassa de nouveau, plus fort, plus violemment, plus passionnément. Pourquoi se sentait-il aussi bien alors qu'elle était tranquillement en train de le violer ? Pourquoi appréciait-il tant cette gamine qui ne prenait son pied qu'en le torturant mentalement dès qu'elle le pouvait ? Pourquoi se sentait-il désespérément attiré par elle ? Pourquoi était-il accro à la douleur qu'elle était en train de lui infliger ?

    - Putain, j'ai juste envie de t'attacher un peu plus, lança Eden en retenant un petit rire. On dirait que plus je t'enchaîne, plus t'es sympa avec moi... Qu'est-ce que ce serait, à ton avis, si je t’attachais la tête en bas et que j'enchaînais tout ton corps, hein, mon petit Lazybones ?

    Mon petit Lazybones. Lorsqu'il entendit l'humaine dire cela, Sans crut d'abord avoir mal entendu. D'où ce terme affectif pouvait-il bien lui venir ? C'était la première fois qu'elle se montrait si... Gentille, c'était un bien grand mot. Mais elle ne s'était jamais montrée si affectueuse envers lui. En général, elle avait plutôt tendance à l'insulter au maximum. À quoi pensait-elle exactement en cet instant précis ?

    Elle serra davantage son emprise sur lui, et Sans crût presque sentir un de ses os rompre. Puis, soudain, elle le lâcha et retira leurs T-shirts en moins de deux.

    - Pas la peine d'enlever ton pantalon, de toute façon, soupira-t-elle. Eh bah, qu'est-ce que t'attends ? T'as une langue, que je sache ? Lèche-moi, au moins, que j'éprouve quelque chose d'autre que ma bouche sur ton crâne, idiot. J'ai juste envie de profiter un peu de toi...

    Sans se sentit presque tressaillir. Définitivement, cette gamine se comportait bizarrement, aujourd'hui. Pourtant, il était convaincu qu'il n'était pas simplement en train de rêver. Il avait déjà fait des rêves étranges, mais jamais, même des les plus fous qu'il ait fait, il n'aurait pu rêver de se retrouver menotté au lit de cette petite peste d'humaine, exécutant ses ordres, qui lui paraissaient encore plus horribles et humiliants que ceux de son boss, tandis qu'elle commençait peu à peu à lui révéler... Quoi, d'ailleurs ? Que pouvait-elle vraiment éprouver pour un monstre ? Que pouvait-elle éprouver pour quelqu'un qu'elle passait sa vie à traiter de sous-merde ?

    - Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? interrogea-t-elle violemment. Lèche-moi. C'est bien tout ce que t'es foutu de faire, de toute façon. Allez, grouilles-toi.

    Sans acquiesça sans dire un mot. Si ça lui permettait d'en savoir un peu plus sur les sentiments de cette maudite humaine, ça pouvait toujours être enrichissant pour lui...

    Mais merde, Sans, réveille-toi un peu ! s'ordonna-t-il à lui-même. Qu'est-ce que t'en as à branler, des sentiments de cette connasse ? Qu'est-ce qu'elle représente pour toi ? Est-ce qu'elle a fait un jour quelque chose de positif pour toi ?

    Il fallait avouer qu'en effet, jamais Eden n'avait eu le moindre geste sympathique envers lui. Tout de suite, dès son arrivée à Snowdin, elle avait seulement voulu bien se faire voir de Papyrus. C'était tout ce qui avait compté pour elle en un moins. Devenir le bras droit de Papyrus. Pourquoi cela lui avait-il tant tenu à cœur ? Sans ne l'avait jamais compris, et il s'en foutait. Mais pourquoi diable se sentait-il toujours bizarre chaque fois qu'il voyait cette gosse, qui devait bien avoir six ans de moins que lui ? Ça ne pouvait pas être... Non, c'était tout bonnement impossible. Il n'était pas capable d'aimer. Il n'avait jamais montré la moindre capacité pour cela. Personne dans l'Underground n'avait vraiment cette capacité. Tous les monstres étaient foncièrement mauvais, et rien ne pouvait les changer. Et cette gosse... Elle était pareille. Peut-être éprouvait-elle une certaine pitié l'empêchant de tuer, mais elle était violente. Cruelle. Elle ne pensait qu'à elle et au pouvoir. Alors pourquoi ? Pourquoi était-il si troublé chaque fois qu'il la voyait ?

    Tout en se posant ses questions, il obéit aux ordres de sa dominante, et se mit à lui lécher le ventre, puis, tandis qu'elle s'allongeait peu à peu dans un frisson de plaisir, il passa ensuite à ses épaules (il essaya vaguement de s'approcher de sa poitrine, mais la jeune fille le frappa, comme s'il allait vraiment trop loin), puis enfin, à son visage. Jamais il ne s'était senti aussi déshonoré. Il était sûr qu'elle n'en n'aurait pas autant demandé à son chien, si elle en avait eu un.

    Soudain, une petite idée lui parvint. C'était probablement un mauvais plan. Elle lui en voudrait certainement. Peut-être qu'elle aurait même été capable de le tuer pour cela, mais il avait très envie d'essayer. Ne serais-ce que pour lui faire vaguement ressentir ce qu'il ressentait depuis quelques minutes. Et après, il la laisserait faire de lui tout ce qu'elle voulait pour le reste de la soirée. Peut-être même de sa vie. Il était son esclave, après tout. Il devait accepter tout ce qu'elle lui faisait subir, de toutes façons.

    Tandis qu'elle se détendait de plus en plus et caressait chacun de ses os, il ne pût s'empêcher de la mordre, doucement, mais sûrement. La réaction de l'humaine fut imminente.

    - PUTAIN ! Qu'est-ce que tu viens tout juste de faire ?

    - Je... Désolé, j'ai pas pu m'en empêcher... Je voulais pas...

    - Bordel, alors toi, t'es vraiment... Pour une fois qu'on se retrouve enfin seuls tous les deux, et voilà comment tu me motives, Sans ?

    Sans. D'aussi loin que les souvenirs du squelette remontaient depuis l'arrivée de cette fille, c'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom.

    - Et toi, tu trouves pas que c'est une drôle de manière de discuter seul à seul avec quelqu'un ? Tu pouvais vraiment rien trouver de mieux que de m'attacher à ton lit comme une obsédée du cul et d'essayer de me violer ?

    - On aurait pu dire ça si t'avais le moindre organe pratique... On s'est seulement embrassés, comme on pouvait le faire.

    - Ouais, on a fait que ça...

    - Tu m'excuseras, mais j'en avais bien besoin. Si tu crois que c'est marrant de toujours suivre les commandements de Papyrus, tu te plantes, mon vieux. J'ai aussi le droit de m'amuser. Tu es mon esclave, et tu le sais très bien, Sans. Tu dois faire ce que je te demande, sans protester. Et j'aurais pu avoir tellement pire, comme esclave.

    - Tu peux arrêter de tourner autour du pot deux secondes, pour voir ?

    - Oh, excuse-moi, je suis juste pas du genre à crier "Je t'aime" sur tous les toits à un abruti que je suis même pas sûre de vraiment apprécier. Disons juste que tu restes le mec le plus sympa que j'ai rencontré depuis toujou-- depuis mon arrivée ici, se reprit-elle.

    - Reviens en arrière, j'suis pas sûr d'avoir bien compris, s'amusa Sans.

    - Et toi, tu veux vraiment que je te fasse souffrir ? J'ai pas envie d'en arriver là, tu sais, Sans ? T'aurais quand-même pas envie que je te frappe jusqu'à ce que mort s'en suive ? T'es tellement faible qu'il suffirait de quelques coups de fouets pour te tuer, tu le sais bien, huh ? Et ce serait tout de même dommage de te détruire ? Avec qui est-ce que je pourrais m'amuser, ensuite ?

    Elle contint un petit rire. Elle semblait à bout de nerfs. Comme si elle craignait qu'à tout instant, quelqu'un ne détruise la porte et ne se rende compte de ce qu'ils faisaient.

    - On est seuls, lança Sans. Tu peux me dire tout ce que tu veux. Vas-y, balance-moi tes quatre vérités comme tu le fais si bien en général.

    - LA FERME !

    Le coup fut soudain, brutal. Il s'était vaguement douté que la provoquer n'était peut-être pas la meilleure des solutions, mais il n'avait pas pensé qu'elle réagirait si mal. Il aurait voulu pouvoir se tenir les côtes pour atténuer ne serais-ce qu'un peu la douleur qu'il ressentait, mais il était toujours attaché aux barreaux du lit. Suffoquant à cause de la blessure, il ne baissa pas pour autant les yeux.

    - T'es pas décidé à abandonner, hein ? Si je te dis tout, je me sentirais obligée de te liquider tout de suite après, ce serait dommage, non ? Et tout reconnaître serait également terriblement dommageable pour moi. J'ai mis des semaines avant que ton boss ne me considère enfin comme autre chose qu'un jouet dont il pourrait se lasser quand il le voudrait, qu'il arrête de penser que je lui appartenais et qu'il pouvait me dire ce que je devais faire et dire. ...Et à ton avis, comment il réagirait s'il savait que j'ai fricoté avec son grand frère, et qu'au fond, je vois plus en celui-ci qu'un vulgaire esclave ?

    - Qu'est-ce que tu racontes ?

    - Disons que te considérer comme mon esclave rendait la chose plus facile. Et puis, t'imagines pas à quel point c'est agréable d'avoir un punching-ball à portée de main toute la journée. Mais surtout, même si on me surprenait à faire ce qu'on vient de faire avec toi, ça paraîtrait relativement normal, et je pourrais simplement dire que j'avais eu quelques pulsions et que je n'avais que toi sous la main... Et puis, au fil du temps, il a fallu que je m'attache à toi. Petit con. Il a fallu que tu te rendes agréable. Il a fallu que je me retrouve incapable de passer une journée, une heure, une minute, sans penser à toi... Il a fallu que je me mette à t'aimer. Alors que j'ai aucune raison valable pour ça. T'es juste une pauvre merde, et il a fallu que ce soit toi. Et ça, je t'en veux.

    - Parce que tu penses que c'est de ma faute ?

    Il ne prit pas la peine d'en dire plus. Le masque de l'humaine venait de se briser devant lui, mais il tenait à garder un peu d'honneur. Il n'était même pas question qu'il lui fasse part de ses propres sentiments.

    - Bien entendu que c'est ta faute, connard. Je sais pas comment t'as fait ça. Je sais pas comment t'as pu faire en sorte que je sois folle amoureuse de toi alors que si t'étais un humain, j'aurais pas posé les yeux sur toi un quart de secondes...

    - Bah apparemment, tu les préfères sans leur peau, les humains.

    - Si j'étais toi, je la fermerai un peu. ...Le pire, c'est que tu mérites pas ce que tout le monde te fait vivre. Tu mérites pas d'être torturé et insulté toute la journée, mais tu sais ce que c'est. J'ai pas envie que ce soit moi qui te fasses changer. Je t'ai bien vu toute à l'heure, quand je t'embrassais. J'ai bien vu que je te fais de l'effet. Mais si t'es pas capable de le dire à haute voix, c'est qu'au final, tu vaux peut-être pas toute la peine que j'aimerais me donner pour toi. J'ai pas envie de courir après quelqu'un qui ne veut ni de moi, ni de mon aide.

    Il la regarda d'un air buté. Elle n'était quand-même pas sérieuse, là ? Elle pensait vraiment avoir une chance de le sauver... De quoi, d'abord ? La torture que lui infligeait son boss faisait partie de son quotidien. La cruauté des monstres entre eux avait cessé de le toucher il y a bien longtemps. Et elle ne valait pas mieux qu'eux. Elle aussi, était sadique.

    - On va gérer ça autrement, déclara soudain Eden en sortant un couteau d'une des poches de son pantalon. Dis-moi ce que tu ressens, ou je te tue. De toute façon, on ira en Enfer peu importe ce que tu choisis. Ne mens pas ou je te tranche le cou, esclave. Et j'ai pas envie d'en arriver là. Magne-toi.

    - Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Je ne t'aime pas. Je ne peux pas aimer qui que ce soit. C'est contre tout ce que je suis. Contre ce que tous les monstres sont. Je suis incapable d'aimer quiconque. Pourquoi ce serait différent pour toi ? Tout ce que je sais c'est que j'ai toujours cette sensation bizarre dans la poitrine chaque fois que je te vois. Mais ça peut pas être de l'amour.

    - C'est beau, de se bercer d'illusions, n'est-ce pas, Sans ? T'es fou de moi. Ça fait un moment que je m'en suis rendue compte. On a aussi peu de raisons l'un que l'autre. Toi, t'es un connard, et moi aussi, je suppose ? Au fond, on n'est pas si différents, tous les deux, quand j'y pense. C'est un peu normal qu'on se soit attachés l'un à l'autre. T'es un peu comme moi. Maintenant... (Elle libéra Sans de l'emprise de ses menottes.) Debout. Et remets ta veste.

    Dès qu'il fut levé et rhabillé, elle se saisit de lui, le menaçant dans le dos avec son couteau.

    - Embrasse-moi, ordonna-t-elle. Dis que tu m'aimes. Reconnais-le enfin ! ALLEZ, C'EST QUOI, LE PROBLÈME ? Sois un homme une fois dans ta vie et fais-le, esclave. Accepte tes sentiments, et livre-les moi sur un plateau d'or. Embrasse-moi et dis que tu m'aimes.

    On était bien loin des contes de fées romantiques où les deux héros s'embrassaient devant un magnifique coucher de soleil. Pourtant, malgré les menaces et la violence de l'humaine, Sans sentait qu'au fond, il voulait vraiment l'embrasser. Diable, mais pourquoi fallait-il qu'il soit si niais dans une situation qui aurait pu paraître grave à toute personne un peu plus intelligente ?

    Néanmoins, il obéit. Il la prit dans ses bras, et l'embrassa sur la bouche aussi bien qu'il le pouvait. Leurs deux langues s'entremêlèrent passionnément quelques instants. C'était bizarre. Tout cela était interdit. Une relation entre une humaine et un monstre... C'était ridicule. Impardonnable. Et pourtant, Sans commençait à s'en rendre compte, Eden l'attirait inexorablement. C'était plus qu'un simple désir ou qu'une sorte de syndrome de Stockholm. Au fond, c'était peut-être de l'amour. Tout ce qu'il savait, c'était que la flamme qui brûlait en lui continuait de s'enflammer, avec de plus en plus de forces à chaque seconde qui s'écoulait.

    - Maintenant, dis-le, ordonna Eden aussitôt que Sans en eut fini avec son baiser. Dis-le une bone fois pour toutes.

    Il ne put s'empêcher de sourire en la voyant faire un essai si impromptu aux jeux de mots sur les squelettes. Il était un peu facile, celui-là, tout de même.

    Il la regarda dans les yeux quelques secondes, et soupira.

    - Je t'aime, dit-il enfin quelques secondes plus tard.

    La réponse d'Eden ne fut pas précisément ce à quoi il s'attendait. Elle lâcha son couteau, l'embrassa à son tour et, lorsqu'elle se lassa enfin, répondit également par un "Je t'aime" convaincu.

    - Mais vraiment, à quoi ça nous avance ?

    - Au moins, si je décide de te faire changer un jour et de te faire enfin comprendre que tu n'es pas quelqu'un de mauvais -et que les autres ne le sont pas non plus... J'aurais une bonne raison. Je saurais que je le ferai au moins pour toi. ...Bon, maintenant, si tu veux bien sortir de ma chambre, à moins que tu n'aies autre chose à me dire, Lazybones ?

    Sans acquiesça et quitta la pièce en retenant un petit rire. Vraiment, on ne pouvait pas tout lui enlever, à cette petite, et surtout pas ses expressions... Le regard du squelette et celui d'Eden se croisèrent un instant, mais ce n'était plus celui d'auparavant. Il n'y avait plus d'arrogance ni de cruauté dans le regard de la jeune fille, seulement un air amusé et satisfait, comme si elle avait attendu ce moment depuis toujours...

    Il retourna dans sa chambre presque aussitôt et tomba comme une masse sur son lit, prêt à enfin s'accorder la sieste à laquelle il avait plus que droit. Vraiment, lorsqu'elle lui avait demandé de la rejoindre dans sa chambre, il ne s'était pas attendu à un tel plan... Mais dans le fond, être l'esclave de cette petite, il y avait tellement pire, il pouvait bien apprécier ça, au final...

    .   .   .

    Voilà, c'était à chier, me remerciez pas ! :D


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